La Charente, région historique de l'acier.
Elle dispose de ressources et d'une situation géographique particulièrement favorables, d'une part à la fabrication de fonte et d'acier, d'autre part au développement de la métallurgie. Historiquement les aciers d'Angoulême ont eu la réputation d'être de très bonne qualité. La raison à cela est simple : le minerai de fer que l'on trouve dans les environs contient du manganèse qui permet de couler une fonte d'excellente qualité, très résistante. Les forêts sont nombreuses et alimentent les fours en bois dur pour le coulage de la fonte, et en bois tendre qui permet l'affinage. Enfin la force motrice est apportée par les nombreux cours d'eau qui sillonnent la région.
Au 16e siècle, Rochefort est choisi comme premier port militaire et commercial de la façade Atlantique devant Brest. L'arrière pays y est plus favorable et le fleuve permet d'acheminer les blés du Poitou, les vins de la Saintonge, les bois du Limousin et les fers de l'Angoumois.
C'est sur ces bases que l'industrie sidérurgique se développe en Charente, entraînant derrière elle toutes les activités de forge de l'acier. Dans l'angoumois, c'est la métallurgie militaire avec la fabrication de canons qui se développe le plus vite.
La métallurgie des canons à Angoulême.
À la fin du 17e siècle, les meilleurs aciers sont coulés à Angoulême. Les canons fabriqués là étaient reconnus, ne se fendillaient pas et tenaient plus longtemps lors des batailles navales.
Une cinquantaine d'année plus tard, les forges, disséminées dans la région, se rapprochent d'Angoulême. C'est le début de la concentration de la sidérurgie française.
Les archives de la région relatent une fourniture de canon à la marine américaine par la maison Sazerac d'Angoulême entre 1779 et 1782. C'est en 1777 que John Paul Jones est chargé du rachat d'un navire de guerre à la marine française. Deux ans plus tard alors que Jones rebaptise le "Duc de Duras" en "Bonhomme Richard" il doit équiper le navire de canons. Il choisit Angoulême et les commande à Sazerac, commerçant et distillateur. Sazerac fait réaliser l'armement par la Fonderie Royale d'Angoulême. C'est à cette époque que la région acquiert une reconnaissance internationale : grâce à cette commande de canons pour l'Amérique, Sazerac introduit également ses eaux de vie et cognacs aux Amériques.
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La Charente est le berceau de la sidérurgie moderne.
C'est en Charente, à Sireuil, qu'est née la sidérurgie moderne. Les procédés utilisés pour séparer le fer du minerai et l'affiner sont longs et coûteux. Le puddlage, les procédés Huntsmann (en creuset) ou Bessemer ne permettent pas encore de fabriquer des aciers spéciaux.
L'histoire commence en 1839 lorsque le moulin de Sireuil est transformé en usine à faire des clous et du fil de fer. En 1844, la conjoncture n'est plus assez favorable et la fabrique de Sireuil est mise en liquidation, malgré des investissements lourds réalisés pendant les 5 années précédentes.
C'est en 1852 qu'Emile Martin achète la fabrique grâce à un intermédiaire. Deux ans plus tard, c'est son fils, Pierre Emile qui s'installe à Sireuil avec ses meilleurs collaborateurs. L'objectif du père est de réduire les coûts de fabrication de l'acier tout en maximisant sa qualité. Pour cela, il faut trouver un nouveau procédé, qui élimine certaines étapes du procédé.
L'idée de Martin fils est simple et a déjà été testée par d'autres ingénieurs mais sans résultat industriel probant. Il faut utiliser un combustible gazeux : c'est le procédé SIEMENS.
En 1863, Martin utilise la licence SIEMENS et tout est prêt à fonctionner. L'expérience est concluante avec du fer cémente. Un an plus tard l'expérience fonctionne avec du minerai. Les étapes entre l'extraction du fer du minerai et l'acier ont été simplifiées.
L'acier Martin est né, sa production industrielle est possible. Hélas, Martin est attaqué en contrefaçon et en 1883 les aciers Martin sont vendus après que le tribunal ait prononcé l'interdiction d'exploiter. En 1879, 16 ans après le dépôt de licence, le procédé se répand dans le monde entier.
C'est seulement en 1910 que Martin est réhabilité par la profession et élevé au rang d'officier de la légion d'honneur.